Endurance
musculaire
Chose certaine, en plus d’être une
activité abordable et pratique (équipement
rudimentaire, facile à transporter; espace nécessaire
plutôt réduit), le saut à la corde
améliore, dès les premières séances,
l’endurance des muscles des mollets, soit le gastrocnémien
et le
soléaire.
En fait, la sollicitation de ces muscles est si prononcée
qu’on recommande aux personnes qui s’y initient
de ne pas en faire plus de 5 minutes au cours des premières
séances (qui, habituellement, servent surtout à
apprendre la technique), histoire de limiter le risque
de courbatures. On peut se donner jusqu’à
deux semaines avant de faire une séance complète
de 20 à 30 minutes.
Le
problème, c’est que par rapport à
d’autres activités aérobies comme
la natation, le ski de fond, les escaliers mécaniques
et le vélo, le saut à la corde sollicite
une masse musculaire somme toute relativement restreinte.
Pour ne négliger aucune masse musculaire importante,
il faut manifestement suivre un programme d’entraînement
qui ne se limite pas au saut à la corde.
Aptitude
aérobie
Pour déterminer si une activité
physique donnée peut contribuer au développement
et à l’entretien de l’aptitude aérobie,
c’est-à-dire au bon fonctionnement des systèmes
respiratoire, circulatoire et musculaire, il faut vérifier
si l’intensité de pratique est suffisamment
élevée.
Les activités qui suscitent au moins un peu d’essoufflement
ont l’effet recherché sur la condition physique,
à condition qu’il soit possible de les pratiquer
pendant quelques minutes. C’est généralement
le cas des activités physiques qui mettent en jeu
de grosses masses musculaires.
Étant donné que le saut à la corde
sollicite des masses musculaires qui sont un peu moins
grandes que les activités aérobies réputées
excellentes pour la forme physique, on peut se demander
si elle convient et, le cas échéant, à
qui elle convient.
Comme
l’indique le tableau suivant, le coût énergétique
du saut à la corde dépend du poids corporel
(normal : les personnes corpulentes doivent dépenser
plus d’énergie pour sauter), de la technique
de saut (faire deux tours de corde par saut ou sauter
à cadence élevée ou ‘danser’
à la manière des boxeurs ‘coûte’
indubitablement plus de calories).
Le coût énergétique du saut à
la corde dépend aussi – et c’est là
le hic – de l’efficacité de la gestuelle
: plus on en fait, moins cela nous fait travailler fort!
| |
Technique, vitesse du saut |
| Efficacité
de la gestuelle, expérience |
Simple,
lente |
Complexe,
rapide |
| Faible
|
8
kcal/kg/h |
12
kcal/kg/h |
| Moyenne
|
7
kcal/kg/h |
11
kcal/kg/h |
| Élevée |
6
kcal/kg/h |
10
kcal/kg/h |
Ainsi,
une personne de 70 kg qui fait 20 minutes de corde à
danser aura dépensé 187 kcal si elle emploi
une technique simple et si son expérience est faible
: 70 kg x 8 kcal/kg/min x (20 min/60 min) = 187 kcal.
On peut en conclure que l’intensité de l’effort
au cours du saut à la corde, effectué de façon
continue, est trop élevé pour les personnes
sédentaires, surtout si elles sont âgées
(voir encadré). En revanche, pour un adulte d’âge
moyen dont l’aptitude aérobie est ‘bonne’
ou ‘moyenne’, le saut à la corde est
un exercice d’une intensité suffisante pour
se remettre en forme.
| MODALITÉS
D’INITIATION |
Les
personnes qui ont une condition physique basse
ou moyenne ont intérêt à
effectuer leur séance d’entraînement
au saut à la corde de manière
intermittente. Par exemple, une séance
pourrait consister à alterner des périodes
de saut de 10 secondes avec des phases de
récupération de 20 secondes.
Ce régime peut généralement
être maintenu pendant 15 à 20
minutes sans trop de difficulté; il
facilitera la tâche aux novices qui
apprennent à maîtriser la technique.
Après quelques séances, la période
de récupération pourra être
réduite à 15 puis 10 secondes.
La personne peut elle-même ajuster la
durée de ses phases de travail et de
repos, de façon à ce que l’exercice
provoque un léger essoufflement pouvant
être maintenu une vingtaine de minutes.
Il est bien établi qu’une activité
d’une telle intensité, pratiquée
3 fois par semaine à raison de 20 minutes
par séance s’accompagne d’une
augmentation significative de l’aptitude
aérobie et de l’endurance musculaire. |
|
Comme
l’indique le tableau, le stimulus d’entraînement
s’atténue avec le temps au fur et à
mesure que la gestuelle s’améliore. Les séances
paraissent de plus en plus faciles et leur contribution
au développement ou à l’entretien
de l’aptitude aérobie peut devenir insuffisante.
Ce problème ne se pose généralement
pas dans la pratique des activités comme par exemple
le cyclisme ou la course à pied au cours desquelles
on a tendance à augmenter l’effort spontanément,
au fur
et à mesure que la condition physique s’améliore.
Ainsi,
les personnes qui choisissent de faire régulièrement
du saut à la corde ont avantage à changer
de formule au fur et à mesure que s’améliorera
leur aptitude technique, afin que la charge d’entraînement
demeure suffisamment élevée. Il s’agit
d’effectuer des sauts de plus
en plus exigeants (ex. deux tours de corde par saut) et
à cadence
plus élevée.
Conclusion
Il
n’y a pas de raison de penser que le saut à
la corde soit une
activité plus avantageuse que d’autres activités
« aérobies » pour le développement
de la condition physique, mais cette activité convient
à plusieurs personnes grâce à son
caractère pratique et à son coût relativement
bas, à condition qu’elles fassent d’autres
exercices physiques en complément afin de ne négliger
aucun déterminant de la condition physique, y compris
la puissance et l’endurance musculaires, la composition
corporelle et la flexibilité.
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| Guy
Thibault, Ph.D. - Docteur en physiologie
de l'exercice, Guy s'est spécialisé
dans l'interprétation des résultats
de recherches scientifiques au bénéfice
des entraîneurs et des sportifs. Conférencier
invité sur plusieurs tribunes en Amérique,
en Europe et en Afrique, il est l'auteur du Guide
de mise en forme (Éditions de l'Homme) et il
est le conseiller scientifique de plusieurs centres
nationaux d'entraînement, particulièrement
en sports individuels. |
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