| Le
saut à la corde
On
entend parfois dire que le saut à la corde est une forme d’entraînement
aux vertus particulières, que c’est un exercice "complet".
On
dit même que 10 minutes de saut à la corde équivalent
30 minutes de course à pied. Le point sur cette question.
Par : Guy Thibault
TotalForme
07/02/2006
Endurance
musculaire
Chose certaine, en plus d’être une activité
abordable et pratique (équipement rudimentaire, facile à
transporter; espace nécessaire plutôt réduit), le
saut à la corde améliore, dès les premières
séances, l’endurance des muscles des mollets, soit le gastrocnémien
et le soléaire.
En fait, la sollicitation de ces muscles est si prononcée qu’on
recommande aux personnes qui s’y initient de ne pas en faire plus
de 5 minutes au cours des premières séances (qui, habituellement,
servent surtout à apprendre la technique), histoire de limiter
le risque de courbatures. On peut se donner jusqu’à deux
semaines avant de faire une séance complète de 20 à
30 minutes.
Le
problème, c’est que par rapport à d’autres activités
aérobies comme la natation, le ski de fond, les escaliers mécaniques
et le vélo, le saut à la corde sollicite une masse musculaire
somme toute relativement restreinte. Pour ne négliger aucune masse
musculaire importante, il faut manifestement suivre un programme d’entraînement
qui ne se limite pas au saut à la corde.
Aptitude
aérobie
Pour déterminer si une activité physique donnée
peut contribuer au développement et à l’entretien
de l’aptitude aérobie, c’est-à-dire au bon fonctionnement
des systèmes respiratoire, circulatoire et musculaire, il faut
vérifier si l’intensité de pratique est suffisamment
élevée.
Les activités qui suscitent au moins un peu d’essoufflement
ont l’effet recherché sur la condition physique, à
condition qu’il soit possible de les pratiquer pendant quelques
minutes. C’est généralement le cas des activités
physiques qui mettent en jeu de grosses masses musculaires.
Étant donné que le saut à la corde sollicite des
masses musculaires qui sont un peu moins grandes que les activités
aérobies réputées excellentes pour la forme physique,
on peut se demander si elle convient et, le cas échéant,
à qui elle convient.
Comme
l’indique le tableau suivant, le coût énergétique
du saut à la corde dépend du poids corporel (normal : les
personnes corpulentes doivent dépenser plus d’énergie
pour sauter), de la technique de saut (faire deux tours de corde par saut
ou sauter à cadence élevée ou ‘danser’
à la manière des boxeurs ‘coûte’ indubitablement
plus de calories).
Le coût énergétique du saut à la corde dépend
aussi – et c’est là le hic – de l’efficacité
de la gestuelle : plus on en fait, moins cela nous fait travailler fort!
| |
Technique, vitesse du saut |
| Efficacité
de la gestuelle, expérience |
Simple,
lente |
Complexe,
rapide |
| Faible
|
8
kcal/kg/h |
12
kcal/kg/h |
| Moyenne
|
7
kcal/kg/h |
11
kcal/kg/h |
| Élevée |
6
kcal/kg/h |
10
kcal/kg/h |
Ainsi, une personne de 70 kg qui fait 20 minutes de corde à danser
aura dépensé 187 kcal si elle emploi une technique simple
et si son expérience est faible : 70 kg x 8 kcal/kg/min x (20 min/60
min) = 187 kcal.
On peut en conclure que l’intensité de l’effort au
cours du saut à la corde, effectué de façon continue,
est trop élevé pour les personnes sédentaires, surtout
si elles sont âgées (voir encadré). En revanche, pour
un adulte d’âge moyen dont l’aptitude aérobie
est ‘bonne’ ou ‘moyenne’, le saut à la
corde est un exercice d’une intensité suffisante pour se
remettre en forme.
| MODALITÉS
D’INITIATION |
Les
personnes qui ont une condition physique basse ou moyenne
ont intérêt à effectuer leur séance
d’entraînement au saut à la corde de manière
intermittente. Par exemple, une séance pourrait consister
à alterner des périodes de saut de 10 secondes
avec des phases de récupération de 20 secondes.
Ce régime peut généralement être
maintenu pendant 15 à 20 minutes sans trop de difficulté;
il facilitera la tâche aux novices qui apprennent à
maîtriser la technique. Après quelques séances,
la période de récupération pourra être
réduite à 15 puis 10 secondes.
La personne peut elle-même ajuster la durée de
ses phases de travail et de repos, de façon à
ce que l’exercice provoque un léger essoufflement
pouvant être maintenu une vingtaine de minutes. Il est
bien établi qu’une activité d’une
telle intensité, pratiquée 3 fois par semaine
à raison de 20 minutes par séance s’accompagne
d’une augmentation significative de l’aptitude
aérobie et de l’endurance musculaire. |
|
Comme
l’indique le tableau, le stimulus d’entraînement s’atténue
avec le temps au fur et à mesure que la gestuelle s’améliore.
Les séances paraissent de plus en plus faciles et leur contribution
au développement
ou à l’entretien de l’aptitude aérobie peut
devenir insuffisante.
Ce problème ne se pose généralement pas dans la pratique
des activités comme par exemple le cyclisme ou la course à
pied au cours desquelles on a tendance à augmenter l’effort
spontanément, au fur et à mesure que la condition physique
s’améliore.
Ainsi,
les personnes qui choisissent de faire régulièrement du
saut à la corde ont avantage à changer de formule au fur
et à mesure que s’améliorera leur aptitude technique,
afin que la charge d’entraînement demeure suffisamment élevée.
Il s’agit d’effectuer des sauts de plus en plus exigeants
(ex. deux tours de corde par saut) et à cadence plus élevée.
Conclusion
Il
n’y a pas de raison de penser que le saut à la corde soit
une activité plus avantageuse que d’autres activités
« aérobies » pour le développement de la condition
physique, mais cette activité convient à plusieurs personnes
grâce à son caractère pratique et à son coût
relativement bas, à condition qu’elles fassent d’autres
exercices physiques en complément afin de ne négliger aucun
déterminant de la condition physique, y compris la puissance et
l’endurance musculaires, la composition corporelle et la flexibilité.
Guy
Thibault, Ph.D. - Docteur en physiologie de l'exercice, Guy s'est
spécialisé dans l'interprétation des résultats
de recherches scientifiques au bénéfice des entraîneurs
et des sportifs. Conférencier invité sur plusieurs tribunes
en Amérique, en Europe et en Afrique, il est l'auteur du Guide
de mise en forme (Éditions de l'Homme) et il est le conseiller
scientifique de plusieurs centres nationaux d'entraînement, particulièrement
en sports individuels.
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